samedi 31 octobre 2026 - 22:42
Du discours anti-iranien aux négociations : les contradictions de la politique saoudienne

Hawzah/Le changement de position de l’Arabie saoudite à l’égard de l’Iran remet en lumière le rôle joué, ces dernières années, par certains courants religieux du royaume. À travers un discours confessionnel, ces courants ont transformé un différend politique avec Téhéran en une hostilité à caractère religieux, dont les conséquences se sont manifestées dans les conflits régionaux, notamment au Yémen.

Yémen (A.P.Hawzah) – Mohsen Ali al-Jamal, activiste médiatique yéménite, a publié une tribune dans laquelle il critique les positions des muftis saoudiens.

Par leurs fatwas et leurs campagnes de propagande anti-iranienne, certains muftis et prédicateurs saoudiens ont associé le nom de l’Iran à des accusations telles que celle de « mazdéisme », donnant ainsi une dimension religieuse à l’hostilité envers Téhéran. Mais aujourd’hui, alors que l’Arabie saoudite est engagée dans des négociations avec l’Iran, une question fondamentale se pose : que sont devenues toutes ces accusations et cette volonté de faire de l’Iran un ennemi ?

Pendant des années, on a fait croire à la population que le différend avec l’Iran dépassait le cadre d’une rivalité politique pour relever d’un affrontement doctrinal. Dans ce récit, dialoguer avec Téhéran n’était plus présenté comme un choix politique, mais comme une démarche incompatible avec les convictions religieuses. Aujourd’hui pourtant, l’Arabie saoudite, qui a contribué à alimenter le climat anti-iranien, s’engage sur la voie du dialogue avec l’Iran.

Ce changement d’approche soulève plus vivement la question du rôle de certains muftis et prédicateurs saoudiens. Par leur discours confessionnel, ceux-ci ont associé les différends politiques à des fractures religieuses et contribué à instaurer un climat dans lequel l’hostilité envers l’Iran n’était plus présentée comme une simple position politique, mais comme un devoir religieux.

Les conséquences d’un tel climat ne se sont pas limitées aux relations entre Téhéran et Riyad. Au Yémen également, les slogans confessionnels ont contribué à exacerber les divisions et à entraîner de jeunes habitants du sud du pays dans une guerre contre leurs propres compatriotes. Ces jeunes ont payé de leur vie le prix de ces affrontements, tandis que des familles ont été plongées dans le deuil après avoir perdu leurs proches.

Aujourd’hui, alors que les intérêts politiques sont en jeu et que la voie des négociations est ouverte, une question demeure : si un rapprochement avec l’Iran est possible, pourquoi avoir passé tant d’années à en parler dans un langage marqué par les accusations et la haine ?

Les gouvernements peuvent modifier leurs positions en fonction de l’évolution des circonstances. Mais les effets de la propagande confessionnelle ne disparaissent pas si facilement des esprits ni de la vie des populations. Les blessures de la guerre, le deuil des familles et les fractures qui se sont creusées au sein des communautés ne s’effacent pas au gré d’un changement de discours politique.

La contradiction entre les slogans d’hier et les négociations d’aujourd’hui souligne la nécessité de réexaminer les récits qui ont transformé un différend politique en hostilité religieuse. Ces récits ont finalement conduit les citoyens ordinaires à payer le prix de rivalités dont les principaux décideurs peuvent aujourd’hui choisir de s’éloigner pour emprunter une autre voie.

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